Ce que révèlent l’histoire et l’archéosismicité

A Montélimar et dans les communes environnantes.

Contribution à la connaissance de la sismicité en région de Montélimar (Drôme)

 

            Le lundi 11 novembre 2019 à 11 heures 52, un, séisme de 5,4 en son épicentre secouait Montélimar (Drôme)et ses environs, affectant tout particulièrement les communes du Teil et de Saint-Thomé (Ardèche). Les sismologues et représentants de l’état le désignèrent comme un tremblement de terre « modéré » mais d’une ampleur sans précédent dans la région. L’événement, ne prenait-il pas un relief tout particulier ? l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) mettant aussitôt à l’arrêt les réacteurs de la centrale de Cruas (Ardèche), laquelle se trouve à une douzaine de kilomètres de la zone épicentrale ! Ont été recensés quatre blessés mais ne furent pas comptées les très nombreuses personnes qui subirent un véritable choc émotionnel.

            La zone en question est parfaitement localisable sur la Carte géologique détaillée de la France ; la feuille de Privas (échelle 1/80 000), éditée par le Service de la carte géologique de la France en 1967, (sous la direction de M. Goguel, Ingénieur Général des Mines), montre que toute une section du faisceau de failles cévenoles traverse, suivant, suivant un axe sud-ouest/nord-est, les territoires de Saint-Thomé et du Teil, se calquant sur la vallée du Rhône à partir de Rochemaure (Ardèche). Deux petites failles parallèles, de 4 kilomètres environ de longueur, joignent le village perché de Saint-Thomé, où le château et la chapelle Saint Sébastien ont subi des dommages importants, et le hameau de la Rouvière dont la plupart des maisons a été affectée. Plus au sud, il faut considérer la faille dite « de Saint-Montan », traversant le Rhône au sud de Viviers (Ardèche), puis passant au ras des agglomérations de Châteauneuf-du-Rhone et de Malataverne (Dôme) , faille qui n’est pas sans importance quant à la sismicité de la région de Montélimar.

Si le tremblement de terre du 11 novembre 2019 constitue un épisode sismique unique dans les mémoires, une enquête historique relayée par une documentation écrite certes éparse et difficilement accessible et, plus encore, « l’archéosismicité », science interdisciplinaire nouvelle (1), viennent compléter et affiner notre connaissance sur des « convulsions terrestres » dont on mesure encore mal l’ampleur et la fréquence à l’échelle des temps géologique. En 1936, l’abbé louis Boisse, qui s’était particulièrement intéressé aux tremblements de terre dans la Drôme, remarquait notre méconnaissance sur les séismes tricastins, aux portes même de Montélimar. Pourtant, entre juin 1772 et février 1773, le montilien Barthélemy Faujas de Saint-Fond (1741-1819), vice-sénéchal de Montélimar, notait avec minutie les tremblements de terre à répétition qui détruisirent presque totalement le petit village fortifié de Clansayes, tout près de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme) ; le procès-verbal qui en avait été dressé, en présence des officiers municipaux, peut être considéré comme une des premières approches scientifiques du phénomène.

            Outre le tremblement de terre d 1873, dont l’archiviste départemental André Lacroix (1824-1910) disséqua tous les épisodes (celui du 19 juillet étant assez violent, avec une séquence, de 4 à 5 secondes), lequel provoqua de nombreuses lézardes à toutes les maisons de Châteauneuf-du-Rhône, les chroniques retiennent les année 1548-1549, 1583 et 1610 où des tremblements de terre touchèrent particulièrement la ville de Montélimar.

            Le séisme de l’année 1548 est consigné par un certain Jean Perrat, notaire à Orange. Il fut vivement ressenti au soir du 16 janvier où plusieurs maisons de Montélimar furent ébranlées, avec quatre ou cinq secousses dans la nuit, jetant une grande épouvante parmi la population dont une partie se réfugia dans la collégiale où fut donnée une « grant messse à la minuict ».  On déplora la chute d’une voûte au château des Papes (Montélimar), anciennement « Château des Adhémar », correspondant sans doute à la chapelle Sainte-Guitte. Les localités limitrophes de Châteauneuf-du-Rhône et d’Allan (Drôme) furent aussi touchées. A Allan, la tour seigneuriale du vieux château, relevant autrefois des Adhémar, s’écroula en partie, on en distingue encore parfaitement les « stigmates », la tour ayant été presque compétemment reprise et renforcée en sa partie nord à la fin du XVI siècle.

            A Montélimar, l’année 1549 est marquée par deux séismes, le premier au mois de janvier, le second, sur lequel ont est davantage documenté, eut lieu le 4 mai, entre 10 et 11 heures du soir, où se « fit in si grand tremblement dans le Montélimar, que maisons, tréteauxtables, buffets tremblèrent, en sorte que les fustes des maisons désemparèrent des murailles les murs fendirent… , que s’était chose fort épouvantable d’entendre crier le peuple, et dura jusques l’après-minuit… ». Les consuls de la ville délibérèrent le 26 mai et payèrent une importante somme d’argent afin que fussent données treize grandes messes expiatoires ! Suite à ces séismes, le clocher roman de la collégiale Sainte-Croix s’en trouva profondément ébranlé et plusieurs grandes verrières se brisèrent. La reconstruction du clocher, sur trois étages bâtis « à l’antique », entre 1555 et 1557, reposent sur la base massive préexistante, serait bien consécutive aux épisodes cataclysmiques qui étaient encore frais les esprits (2).

            Nous n’insisterons pas sur les tremblements de terre de l’année 1583, ressentis dans toute l’étendue du Dauphiné et une bonne partie de la Provence et du Languedoc. Le notaire Antoine Gayet note qu’ils donnèrent lieu à Montélimar à plusieurs processions religieuses, preuves une fois de plus, qu’ils marquèrent les populations.

              Enfin nous mentionnerons le : « (1816-1891) :  le séisme de l’année 1610, relevé par le baron Adolphe de Coston: le notaire montilien jacques James, à la première page de ses actes, précise que le 3 janvier fut ressentie une vive secousse et que , aussitôt, «  plus de 2 500 personnes se rendirent dans l’église et en sortirent en procession…(3). Le récit de ce tremblement est par ailleurs rapport dans un ouvrage publié à Lyon, conservé en la Bibliothèque de Grenoble : « Cette même année 1610, le deuxième de janvier, environ les onse heures du soir à la ville de Montélimar, arriva un tremblement de terre qui dura environ trois quarts d’heure qu’il semblait que les habitants, que les maisons devaient tomber d’un tel tremblement  … »

 

            Une fois de plus, plusieurs maisons et édifices s’en trouvèrent sérieusement fragilisés. Ce fut certainement le cas de la maison dite « Jean de Nebro », à l’angle de la place du Marché (n°12) et de l a rue Saint Gaucher (inscrite Monument Historique en mai 1982), qui vers 1630 appartenait à à un apothicaire qui y tenait son officine. On y remarque que l’une des arcades a été en grande partie reprises avec de solides contreforts venant s’appuyer sur les structures préexistantes. D’ailleurs, l’édifice accuse, sur le plan de son mode de construction et de ses modénatures, les années 1610/1920, époque de sa reconstruction. Nous pourrions ainsi multiplier les exemples dans le seul centre-ville de Montélimar.

            Les séismes des années 1548, 1549 et 1610, qui donc affectèrent particulièrement la ville de Montélimar, en fonction des désordres observés et de l’état de sidération d’une partie considérable de ses habitants,

 Oscillèrent entre les degrés VI et VIII en leur épicentre sur l’échelle MSK (4), confortant que la région de Montélimar est bien sur une zone « à séisme modéré », avec des séquences plus ou moins violentes (5).

 

Hervé-François ORBAND, historien et archéologue du bâti

Montélimar 26 novembre 2019.

Notes :

1. L’archéocismité consiste en l’observation et en l’analyse des désordres sur le bâti ancien, identifiés comme des dommages sismiques ou comme des réparations post-sismiques. Elle permet, croisée aves d’autres disciplines, historiques géolo  a gique ou sismologique, d’approfondir notre connaissance quant au séisme passé. L’étude du séisme de l’année 1708 à Manosque, constitue un cas d’école. Voir « Le séisme de 1708 à Manosque (France) : une approche pluridisciplinaire quantifiée de ses effets » dans Archéosismicité & Vulnérabilité –Patrimoine bâti et société (acte de VIe et VIIe Rencontres du groupe APS). APS, Perpignan 2008, pp 141 à 156

2. Se reporter à la notice détaillée de Jean Gourjon, sur « Le Clocher de la collégiale Sainte Croix (1555-1557) » dans Montélimar – Regards sur notre patrimoine, Association Patrimoine Montilien, Montélimar 2015. pp, 16 à 19-

3. Voir Adolphe de Coston (Baron), Histoire de Montélimar et des principales familles qui ont habité cette ville, tom II, Montélimar, 1883, pp 200 et 201.

4. L’échelle MSK est une échelle d’intensité macrosismique comprenant douze degrés exprimés en chiffre romain ; elle mesure les effets des secousses sur les hommes et les constructions.

5. De fait, les règles de construction parasismiques y sont applicables pour les bâtiments. En France les toutes   premières « recommandations » furent publiées en 1955 ; ces règles maintes fois révisées depuis, furent harmoniées en 2010 avec les règles européennes Eurocode 8 dont la philosophie est la protection des personnes et la limitation des dommages aux constructions.

Actualités

Lancement de notre nouvelle Brochur  le 4 septembre 2019 en présence de M. Orset-Buisson délégué là culture M. Lanfray délégué au tourisme;, le "trio" réalisateurs de l'ouvrage.

Conférences :

"Montélimar au fil des canaux, des moulins et de hommes"

 

Notre dernière parution

Montélimar au fil des canaux, des moulins et des hommes vient de paraitre.

Son lancement aura lieu le 4 septembre 2019 à 18h à la Mairie de Montélimar, où vous êtes les bienvenus.

 

INAUGURATION DE LA PLAQUE HISTORIQUE DE L’HOTEL DE JOVIAC

 

Mercredi 11 juin 2019, les adhérents d’APM étaient invités à fêter la pose de la plaque relatant l’histoire de l’ancien hôtel de Jovyac, promis à la démolition dans les années 2000, et que nous avons sauvé en suscitant son rachat par Jacky Chanéac qui l’a restauré, réhabilité et transformé en appartements.

Il faisait partie, avec l’ancien hôtel Serret son voisin, du tènement qui était devenu le couvent Saint-Just au XIXe siècle, à la suite du don à la Ville de Mademoiselle Serret.

Abandonné depuis 1972, le couvent était en ruine et un arrêté de péril le menaçait de destruction, ainsi que la chapelle, édifiée dans une partie de l’ancien hôtel Serret, à l’extrémité nord de la rue Bouverie.

La chapelle n’a pu malheureusement être conservée mais le très bel escalier fin XVIe de l’hôtel de Jovyac a retrouvé sa fraîcheur.

 

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